Accès à la terre pour les femmes et les jeunes : des coopératives togolaises inventent leurs propres solutions

30 septembre 2026
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5 min

Au Togo, dans les filières cacao et anacarde, les coopératives Kekeli et UCPA Bio Espoir mettent en place des mécanismes concrets pour faciliter l’accès des femmes et des jeunes à la terre : préfinancement d’un côté, dons, legs et garanties de prêts de l’autre. Des dispositifs observés dans un contexte où la terre reste, dans la plupart des ménages, transmise en priorité aux hommes.

Dans les zones de production de cacao et d’anacarde du Togo, l’accès à la terre reste l’un des premiers obstacles à l’autonomie économique des femmes et des jeunes. Les terres se transmettent majoritairement par héritage, et les pratiques coutumières favorisent encore largement les hommes. Face à ce constat, plusieurs coopératives ont choisi d’agir, chacune avec ses propres leviers.

Le préfinancement comme porte d’entrée vers la terre au sein de la coopérative Kekeli

Fondée par 53 femmes, la coopérative cacaoyère Kekeli compte aujourd’hui 560 membres, dont 105 femmes, répartis sur sept villages. Ses membres constatent que les femmes et jeunes ont un accès limité à la fois à la terre et au crédit. Deux difficultés qui s’entretiennent l’une l’autre, puisque sans terre, difficile d’obtenir un prêt, et sans crédit, difficile d’acheter une terre.

Kekeli a choisi de s’atteler à débloquer ce verrou. La coopérative intervient en préfinancement pour permettre à ses membres, en particulier les femmes et les jeunes, d’accéder à un crédit afin d’acheter des terres. Ce mécanisme s’ajoute à un préfinancement plus classique, mobilisé notamment à la rentrée scolaire, et à un fonds rotatif mis en place dans le cadre du programme Équité 3 (un dispositif distinct, qui ne dépend pas des revenus de la récolte de cacao) et qui s’accompagne d’un travail pédagogique sur l’importance du remboursement et la solidarité entre membres.

Présidente de la coopérative cacaoyère Kekeli
Vice -présidente

La coopérative prépare également un nouveau dispositif, avec son entreprise acheteuse HONLO : un fonds rotatif dédié aux femmes et aux jeunes. 

Qu’est-ce qu’un fonds rotatif ? L’idée est de préfinancer, dans un premier temps, une soixantaine de femmes membres de la coopérative. À la collecte, les fonds avancés seraient directement prélevés sur le produit de la vente à l’entreprise, puis reversés à d’autres femmes bénéficiaires et ainsi de suite, saison après saison, avec l’objectif d’élargir progressivement la couverture. 

Un engagement écrit lierait la coopérative, HONLO et les femmes bénéficiaires, avec pour garantie la récolte elle-même, vendue à terme à l’entreprise via Kekeli. L’ambition est aussi de soulager les femmes des contraintes financières qui pèsent sur l’entretien de leurs parcelles, pour sécuriser à la fois leurs revenus et la qualité de la production livrée à la coopérative.

Faire bouger les lignes sur le foncier avec les coopératives UCPA Bio Espoir

Dans la filière anacarde, l’union de coopératives UCPA Bio Espoir rassemble 1 300 membres, dont seulement 78 femmes. Une faible proportion qui s’explique en grande partie par le fait que les femmes sont rarement propriétaires des terres. La coopérative a d’abord dû adapter ses propres règles d’adhésion à cette réalité, en fixant un seuil minimal d’entrée de 0,5 hectare pour les femmes, contre 2 hectares pour les hommes.

Mais au-delà de ses statuts, UCPA Bio Espoir travaille à faire évoluer les pratiques foncières elles-mêmes, en s’appuyant sur des exemples concrets. Le conseil d’administration veut montrer la voie :  des maris qui cèdent une partie de leurs terres à leur épouse. Cette démarche s’appuie sur une coutume locale qui veut qu’un homme possédant 10 hectares en réserve 1 à sa ou ses femmes. 

Autre exemple, Atcha Kadjalignan a directement  acheté  une parcelle à son mari Issiffou Djandjalé, membre de l’UCPA Bio Espoir: les arbres d’anacarde lui appartiennent, la terre reste à son époux, mais c’est elle qui l’entretient désormais, avec de très bons résultats reconnus par toute la coopérative en matière de productivité.

Issifou Djandjalé et Atcha Kadjalignan, membres de l’Union des coopératives productrices d’anacarde biologique Bio Espoir.

Pour amplifier cette dynamique, plusieurs actions sont engagées ou prévues dans le cadre d’Équité 3 : 

  • des causeries-débats avec les autorités coutumières pour faire évoluer les règles d’accès des femmes à la terre, 
  • des membres du conseil d’administration et du conseil de surveillance qui s’engagent à donner l’exemple en cédant ou vendant des terres à leurs propres épouses, 
  • et une réflexion pour que la coopérative elle-même serve de garantie à des prêts destinés à l’achat de terres par les femmes et les jeunes car parfois c’est bien par manque de trésorerie que les femmes ne peuvent accéder à la terre.

Deux exemples inspirants de coopératives, deux leviers complémentaires

Kekeli agit avant tout sur le financement, en ouvrant l’accès au crédit là où la terre elle-même reste hors de portée. UCPA Bio Espoir agit davantage sur le foncier et les pratiques sociales, en s’appuyant sur l’exemple de ses propres dirigeants pour faire bouger les coutumes de l’intérieur. 

Deux approches différentes qui aboutissent à un même constat : sans intervention volontariste des coopératives, l’accès à la terre resterait un frein durable à la place des femmes et des jeunes dans ces filières. 

Et qui convergent vers l’enjeu du travail engagé avec le programme Équité 3 : d’accompagner et amplifier ces initiatives, pour qu’elles deviennent la norme plutôt que l’exception.